Rattraper le temps perdu.

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Norah avait traversé des tas de couloirs vides avant de trouver sa chambre. L’endroit était véritablement immense. Quand elle avait trouvé sa chambre et qu’elle y était entrée, elle c’était laissée tomber comme une poupée en chiffon sur son lit et avait fermé les yeux, songeant à ce qu’elle venait d’entendre. Ses émotions étaient éteintes, elle ne ressentait rien, cela finirait par venir sans prévenir, elle ne savait juste pas quand. C’était juste une façon de garder le cap et de ne pas s’effondrer. Norah sentit son bébé s’agiter dans son ventre, finalement il se réveillait, elle posa sa main sur son ventre un peu rassurée.  Elle soupira  et changea de position dans le lit.

Elle ne se sentait pas bien d’avoir laissé Daniel, il ne pouvait pas être le pilier d’une centaine de personne. Plus que jamais, elle avait envie de le serrer dans ses bras. C’était tellement injuste, lui aussi avait perdu des amis et de la famille. A cet instant précis, elle se fichait royalement des passagers, seule la souffrance de Daniel l’atteignait. Il fallait qu’elle dorme ou alors elle allait se relever et faire marche arrière pour le retrouver. Elle éteignit la lumière de sa chambre et testa différente méthode de relaxation, mais rien ne marcha et malheureusement pour elle elle n’avait rien pour se distraire. Lui conseiller d’attendre était certainement la chose la plus difficile à lui demander.

Progressivement elle entendit des gens s’enfermer dans leurs chambres et quand on frappa enfin à sa porte elle eut l’impression d’avoir attendu une éternité. Elle ouvrit la porte, laissa Daniel entrer avant de passer ses bras autour de sa nuque pour le serrer contre elle.

- Je suis là maintenant, tu as tellement du souffrir. Je serais toujours là.

Elle était plus réceptive aux sentiments de Daniel qu’à ses propres sentiments.  Norah se contentait de le garder dans ses bras, ne sachant pas à quel point il avait fait son deuil ou non.

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Mer 3 Jan 2018 - 16:01
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C’était fini – pour l’instant. Il avait fait son devoir et avait écouté jusqu’au bout les doléances, les plaintes, les accès de colère de tout un groupe de passagers. Il leur avait offert son écoute parce qu’il n’avait rien d’autre à leur donner. Tout cela s’était joué il y a cent-vingt ans, quand ils étaient tous plongés dans un sommeil profond, sans rêve. Il n’y avait plus rien qu’ils puissent faire. Même les rares réponses étaient partielles, trop partielles, trop factuelles. Horriblement froides de chiffres ou d’annonces officielles. Un autre témoignage, plus humain, leur parviendrait bientôt sur leurs messageries personnelles. Il ne serait pas plus facile à endurer. Il serait même probablement bien pire que tout ce qu’ils pouvaient imaginer. Ils n’étaient pas obligés de les consulter seuls, avait-il insisté, ils pouvaient s’ils le souhaitaient prendre rendez-vous avec le psychologue de bord pour un accompagnement. Mais ils pouvaient et il était prêt à parier que certains le feraient. Par impatience. Par défi. Pour crever l’abcès. Ou juste parce qu’ils ne réalisaient pas à quel point il était pénible de visualiser les adieux d’un mourant qu’on avait aimé.

Daniel se sentait comme vidé, alourdi encore de la peine d’une centaine de visages, mais une étincelle le maintenait encore debout, de pieds fermes. Norah. Il lui avait promis de la retrouver dès qu’il en aurait fini. Il ne pouvait pas juste s’allonger (même cinq minutes) et rompre cette promesse. Pas après la terrible nouvelle devant laquelle il l’avait laissée. Seule. Il avait juste pris le temps de s’arrêter à une fontaine boire un peu d’eau et s’asperger le visage avant de prendre le chemin de la cabine de Tran Thi Ahn. C’était tout logiquement là que le bracelet au poignet de Norah l’avait guidée.

Là-bas il n’eut pas à attendre bien longtemps avant que la porte s’ouvre sur la silhouette menue de sa femme, ni qu’elle se jette dans ses bras dès qu’il eut passé le seuil. Ses paroles un instant le laissèrent interdit. Il venait pour la consoler et c’était elle qui cherchait à le rassurer. Après un moment de stupeur il referma ses larges mains sur sa taille et posa son menton sur sa tête.

« Oui tu es là, répéta-t-il en affermissant sa prise, posant un baiser sur le crâne soyeux de la jeune femme. Tu es là. »

Et sur ses lèvres ces mots signifiaient qu’elle aurait pu ne pas être là – qu’elle aurait ne pas être là. Ses yeux s’embuaient et il se força à ne pas cligner des yeux pour retenir la larme qui se préparait au coin de son œil. Tout s’était joué à si peu mais ils étaient là, tous les deux.

« Je suis tellement désolé… »

Sa voix hoquetait une détresse mal retenue. Il ne savait même pas de quoi il s’excusait tant la liste était longue.

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Sam 6 Jan 2018 - 21:27
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De quoi était-il désolé ? Ce fut la première question qui lui vint à l’esprit. S’il n’avait pas été là, elle aussi serait morte. Elle resta muette un instant, puis elle crut comprendre, c’était sans doute à cause de son oncle, mais comment le contredire sans passer pour une cynique. Elle se détacha de Daniel et le força à s’asseoir avant de s’asseoir avec lui. Elle inspira un bon coup et posa sa tête sur son épaule.

- Daniel… Je savais que quand je me réveillerai mon oncle serait déjà mort et qu’il soit mort plus tôt que prévu… C’est moi qui suis désolée… J’ai tout gardé pour moi car je ne voulais pas que tu me plaignes, mais nous nous étions endetté jusqu’au cou auprès de mauvaise personne. Mon père est mort de son second cancer, les frais médicaux nous ont écrasés. Mon oncle au moins n’aura pas passé le restant de ses jours à tenter d’éponger cela. Si tu n’avais pas existé j’aurais certainement préféré mourir…

Norah n’avait pas envie de faire de dessin, mais pour se sortir de cette situation elle aurait probablement dû faire des choses. Un frison d’angoisse la parcourut et elle ferma les yeux, dévoiler cette partie de son histoire la mettait profondément mal à l’aise. Norah n’avait pas envie d’être vue comme une victime, la jeune femme était bien trop fière.

- Désolée…

Immobile comme une statue, elle n’avait pas la moindre idée de ce que serait la réaction de Daniel à toutes ses révélations. C’était une nouvelle vie, elle voulait partir sur une nouvelle base et dire au moins une partie de la vérité lui semblait essentiel, c'était le minimum à faire.

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Dim 7 Jan 2018 - 12:38
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Était-ce la pression qui retombait enfin, après ces quatre longues années de peine en solitaire ? Daniel se sentait très las et un peu gauche, il ne résista pas vraiment à l’impulsion de sa femme de le faire s’asseoir, surtout quand elle vint se poser à ses côtés. La sentir tout contre lui, la tête tendrement posée sur son épaule, après tout ce temps à en avoir juste rêvé, cela lui faisait tout drôle. Et quelque part cela l’apaisait. Il se força à sourire, un sourire un peu triste et peu convaincant, mais un sourire sincère. C’était avant qu’elle dise ce qu’elle avait à dire. Son début de sourire, plein d’encouragement, se figea et peu à peu se mua dans une mine plus préoccupée. Avait-il été aveugle à ce point ? Il était tellement aveuglé par les dilemmes liés au départ de l’Avalon qu’il ne s’était jamais vraiment posé la question des problèmes que pourraient avoir Norah et son oncle. Il savait bien sûr pour la mort de son père, et il savait que c’était un sujet sensible qu’elle détestait évoquer, mais cette histoire de dettes ! il tombait des nues.

« Oh Norah, la reprit-il alors qu’elle s’excusait à son tour, Norah pourquoi n’en as-tu pas parlé ? »

Pour faire quoi ? Il n’en savait trop rien, mais pour faire quelque chose. Comme mettre un avocat sur l’affaire, ou autre chose. Là, avec cent-vingt ans de retard, il se sentait plus impuissant que jamais. Il lui prit les mains, prêt à dire quelque chose, mais à la réflexion il préféra refermer sa grande gueule. Il allait lui dire qu’ils auraient pu essayer de trouver une solution, ce qui était bien le fond de sa pensée, mais au fond cela lui semblait terriblement accusateur. Avait-il vraiment envie de reprendre leur histoire sur des remords ou des regrets ? de lui instiller l’idée que si elle avait été plus loquace ils auraient pu au moins tenter de sauver son oncle d’un destin tragique ? Au fond de lui il savait que ce qu’il avait fait pour une personne, il aurait pu le faire pour deux. Il aurait aimé, avec la connaissance de ce qu’il s’est passé plus tard, le faire pour beaucoup, beaucoup plus de monde. Seulement à l’époque il n’avait pas de réelle raison d’enfreindre les règles, sinon pour Norah. Le cœur serré il préféra taire ses propres fantômes pour serrer un peu plus les petites menottes de Norah entre ses mains.

« Je suis un peu fatigué, s’expliqua-t-il, les yeux un peu humide, ça me rend émotif… Est-ce que, est-ce que tout va bien pour toi ? Depuis le réveil, je veux dire. »

Elle n’avait pas encore l’air sous le choc de la révélation, mais elle pouvait avoir d’autres soucis à partager.

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Dim 11 Fév 2018 - 23:45
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- J’étais trop fière, je ne voulais pas de pitié, je voulais pouvoir ne plus y penser, décoller un peu de terre avec mon bel aviateur, taquina-t-elle avec une ébauche de sourire. Dieu t’as mis sur mon chemin au moment où j’en avais le plus besoin.

Elle voulait croire à cette divine providence qui l’aurait sauvé. Croire qu’elle n’avait pas juste une petite manipulatrice ayant joué de ses charmes. Il lui prit ses mains et elle s’étonna presque de ce geste tendre alors qu’elle lui révélait qu’elle avait caché et mentit

- Par quel miracle autrement je t’aurais plût, j’étais fatiguée, maigre et dévastée. Loin de l’époque du lycée où j’étais cheerleadeur….

Et quasi reine du lycée. Mais à l’époque où il l’avait rencontré, elle était plus frêle que jamais, un être décharnée dont il ne restait que les grands yeux en amande dévorant son visage émacié. C’était grâce à lui qu’elle s’était remplumée. Elle se tut, elle n’aimait vraiment pas se plaindre, elle se trouvait pathétique. Il serra encore plus fort ses mains, elle remarqua qu’il avait les yeux un peu humides et son cœur se serra. Etait-ce sa faute ? Elle se mordilla la lèvre inférieure, mais ses yeux restèrent sec, elle avait tant contrôlé ses émotions, qu’il lui était véritablement difficile de les révéler au grand jour. Il lui avoua que la fatigue le rendait émotif et lui demanda de nouveau comment elle allait depuis le réveil. Elle ne ressentait toujours rien, non c’était faux presque rien, cette fois elle ne demanda pas la permission et embrassa son époux fougueusement avant de juste coller son front contre celui de l’ancien militaire.

- Pour le moment oui je vais bien… Je ne sais pas si cela continuera.  J’ai dû apprendre à éteindre certaine émotions pour survivre. Je sais juste… J’avais peur de te perdre… 4 ans c’est si long et nous nous connaissions depuis si peu, c’est pour ça que je t’ai demandé la permission pour t’embrasser… Tu pouvais bien être tombé amoureux d'une autre. J’ai peur aussi… de ce que vont penser les gens de moi. Je ne suis personne…

Elle ferma les yeux, elle n’était que la femme de Daniel et elle n’était pas naïve on l’accuserait d’avoir consciemment ouvert les cuisses et un tas d’autre chose qu’elle devrait supporter sans broncher pour espérer un jour qu’on la respecte.

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Lun 12 Fév 2018 - 13:52
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Daniel détourna le regard, un peu honteux. Il était difficile de reprocher à Norah de lui avoir caché l’ampleur de ses problèmes financiers quand lui-même avait tu pendant des mois qu’il allait bientôt l’abandonner pour partir vers d’autres cieux… et qu’il aurait peut-être bien été malhonnête jusqu’au bout si Dieu ne lui avait pas forcé la main en rendant leur union féconde – en le mettant face à ses responsabilités. Il préférait se taire plutôt que de s’épancher sur ses propres manquements. À bien des façons, Norah se révélait nettement plus solide que lui.

« Tu es quelqu’un, rétorqua-t-il, l’attirant contre lui pour lui embrasser le haut du crâne. Tu es même quelqu’un d’exceptionnel… personne ici ne t’arrive à la cheville. Et là-bas non plus. Je t’aime… ça fait si longtemps que je t’attends. Je suis désolé que t’ais eu à vivre tout ça. J’aurais aimé être moins aveugle. À beaucoup de choses. Je suis pas doué pour ça, faut tout me dire. Je sais que tu es forte, mais t’es pas obligée d’être forte toute seule, d’accord ? Je suis aussi là pour ça. »

Il se força à esquisser un sourire, un sourire qui mélangeait regrets et encouragements. Ses yeux verts couvaient la jeune femme d’un regard amoureux, sincère, mais fragile en même temps. Il avait merdé et bien merdé par le passé, mais maintenant que la Terre était bien derrière eux il espérait se montrer à la hauteur. D’elle, de leur enfant à venir, et de tout ce qu’ils avaient dû laisser derrière eux.

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Sam 17 Fév 2018 - 19:09
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Oh mon Dieu, comment pouvait-il lui dire tout cela sans la pointe de doute dans sa voix, comme si ils se connaissaient depuis des années et c’était confié tous les secrets. Elle se sentit rougir sous le poids de la honte, elle ne méritait pas une telle flamme. Elle chercha une goulée d’air pour lui répondre. Il avait raison, le mariage était partage et il était temps qu’elle se confesse… en partie du moins.

- Le soir où je t’ai rencontré… Je venais de perdre mon père d’un cancer, je voulais penser à autre chose et par la suite ce fut pareil, je ne voulais pas jouer ma Cosette. Je n’ai pas eu beaucoup de bol dans ma vie avant ta rencontre. Mon frère est mort tué par balle quand j’avais 12 ans, ma mère est partie avec un autre homme quand j’avais 13 ans. Mon père a eu son premier cancer quand j’avais 16 ans. Je rêvais d’étude supérieur, j’avais les moyens d’avoir une bourse, je voulais passer un Bachelor Degree en ingénierie électronique pour ensuite intégrer l’armée gradé, y travailler quelques années de quoi gagner une nouvelle bourse et avoir assez d’économie pour le MIT. Bref j’avais des rêves, mais plus que mes rêves j’aimais mon père, j’ai arrêté l’école pour bosser dans le garage de mon oncle, j’ai multiplié les petits boulots, fait un emprûnt à la banque pour payer les frais d’hospitalisation de mon père. Quand il a guérit une première fois je n’ai jamais regretté, j’étais endettée, mais mon oncle m’aidait, mon père pouvait de nouveau retravailler, il y avait de l’espoir pour éponger cette dette et retrouver une meilleure vie. J’avais 17 ans et pendant trois ans la maladie nous a laissé du répit, puis mon père a rechuté. Les banques conventionnelles nous refusaient des prêts, j'ai dû me tourner vers d’anciens amis de mon frère, des personnes dangereuses, mon père ne voulait pas, mais je ne lui aie pas laissé le choix, sauf que cette fois il a perdu le combat. Quand je t’ai rencontré je voulais juste parfois oublier que j’étais condamnée tôt ou tard soit à faire des choses que je ne voulais pas, soit… Bref.

Elle fit une pause, pour la première fois, en la présence de Daniel ses yeux étaient humides. Elle se refusait à pleurer elle avait des choses à dire, des choses qui lui faisait peur, car elle ne voulait pas perdre Daniel avant même d’avoir vraiment essayé, mais elle ne voulait pas non plus mentir.

- Je n’ai pas eu le temps d’être vraiment impliquée Daniel… Je te désire oh seul Dieu peut savoir à quel point, tu es droit, tu aurais pu m’abandonner avec mon bébé, tu es plus qu’adorable avec moi et tu es tellement beau, je ne suis pas à ta hauteur. Chut ! Non ne dis rien. Je ne veux pas te voir malheureux, je ne supporterais pas de voir une autre femme auprès de toi, je veux que notre mariage marche, mais je ne sais pas vraiment ce que je ressens. J’ai l’impression d’être dépendante de toi et je hais ça, j’ai besoin de me faire une place autre que celle de ton épouse et à partir de là peut-être que je pourrais me sentir digne d’être aimée de toi et pouvoir t’aimer en retour.

Une larme coula sur sa joue.

- Pardonne moi Daniel et laisse-moi une chance je t’en supplie…. Je ne veux pas te perdre, mais je ne veux plus te cacher des choses.

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Mar 13 Mar 2018 - 21:32
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Tout le long Daniel resta silencieux. Il ne voyait pas trop quels mots mettre sur les horreurs que Norah enchaînait concernant les épreuves qu’elle avait traversé, en fait il doutait même qu’il y ait quoi que ce soit d’intelligent à dire quand quelqu’un se livrait de cette façon. Il ne l’avait jamais vue comme ça, aussi dépouillée, aussi fragile, c’était une facette de sa personne qu’il n’avait pas encore découverte et il sentait bien qu’elle lui faisait un privilège en le laissant en être témoin. Alors il fermait sa grande gueule de Texan et il écoutait, sa large main posée sur l’épaule de son épouse en signe de soutien, de protection, de solidarité maritale indéfectible. D’abord ébranlé mais fier, tout campé dans son rôle de futur père de famille prêt à faire face à l’adversité, il se sentit peu à peu se crisper quand le récit glissa du passé monstrueux mais révolu vers le présent. Leur histoire, mais sur un ton étrange, qui ne concordait pas avec la happy end qu’il attendait. Au contraire ses déclarations semblaient tapissées de sous-entendus qu’il n’était pas sûr de saisir, ni de vouloir saisir. Sa dernière supplique sonnait comme une douche froide sur ses rêves d’avenir.

« Tu… as l’impression qu’on a été trop vite ? » chercha-t-il à traduire, incertain.

Il ne parvenait pas à masquer tout-à-fait un soupçon de déception dans le ton de sa voix, il avait attendu si longtemps ce moment ! Durant ces quatre longues années en solitaire avec le reste de l’équipage il avait imaginé ces retrouvailles comme une bouffée d’air et de lumière, une idylle enfin parfaite maintenant que la crainte d’être séparés était derrière eux. Il en avait oublié qu’ils étaient passé de flirt à mari et femme en si peu de temps et que l’angoisse de perdre ou l’enfant ou la mère avait alors prévalu sur tout le reste. Ils étaient plus dans une logique de survie que de vie commune. Peut-être que c’était normal, si on y réfléchissait, qu’elle ait besoin d’un peu de temps ou d’air. Cela restait frustrant, et angoissant aussi. Toutes les ruptures commençaient par un besoin de prendre de la distance, et il s’était tellement battu pour elle qu’il n’était pas certain de supporter de la perdre. Surtout maintenant, alors qu’ils avaient enfin surmonté l’obstacle le plus titanesque à leur amour.

« Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? »

Il avait besoin d’instructions claires, sans quoi il allait faire n’importe quoi, il le sentait. Il ne voulait pas merder aussi près du but pour une mauvaise compréhension.

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Sam 17 Mar 2018 - 17:19
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- Je suis tombée enceinte Daniel…

Elle fit une pause et si cela n’était jamais arrivé lui aurait-il seulement parlé du fait qu’il devrait la quitter pour vivre ses aventures au lui ? Elle en doutait, aucun des deux n’avaient été complètement été honnête, même si elle était la pire.

- Je ne peux pas t’en vouloir car nous avons tous deux caché des choses, mais soyons complètement honnête à présent. Si je n’étais pas tombée enceinte, j’aurais juste été une de tes conquêtes. Je ne te le reproche pas, quand je vois à quel point tu m’aimes et à quel point moi je doute cela me fend le cœur. Je n’ai jamais été amoureuse, je pourrais très bien l’être sans le savoir pour être complètement sincère…

C’était vrai, elle était perdue. Elle lui prit les mains et les embrassa, c’était son tour d’être tendre pour calmer ces vérités si indispensables, mais si probablement douloureuses pour Daniel. Elle respira un bon coup et tenta un léger sourire, un sourire piquant, avec un regard malicieux.

- D’abord arrête de me toucher seulement comme si j’étais une chose fragile, j’ai des désirs Daniel et ils ne se limitent pas à caresser tes cheveux ou embrasser tes mains, je te l’ai dit je te désire plus que tout de cela je suis certaine et depuis le tout début. Ensuite passons un maximum de ton temps libre ensemble, faisons toutes les choses qu’on n’a pas pu faire sur Terre car je devais travailler. Allons au restaurant, allongeons nous sur des fauteuils de l’observatoire pour regarder les étoiles… J’ai cru lire aussi dans la brochure qu’on pouvait aussi faire une sortie en combinaison dehors dans l’espace. On n’aura pas deux occasions de faire ça… Ce sera un souvenir unique pour nous deux. Daniel je ne veux absolument pas prendre mes distances si c’est ce que tu crains…

Elle prenait conscience de comment pouvait être interprétée ses propos, elle avait voulu tout dire, mais tout dire d’un coup ce n’est jamais facile.

- Au contraire je veux qu’on soit plus proche que jamais… Je voulais juste être aussi honnête que possible. Je n’étais pas dans mon état normal Daniel, j’étais en deuil quand nous nous sommes rencontrés, ce n’est plus le cas, bien sûre je n’oublierais jamais mon père et mon oncle, mais ma foi en Dieu m’aide à supporter leur perte, c’étaient des hommes bons et je ne doute pas qu’ils aient leur place dans les cieux. Maintenant je veux me consacrer à deux choses notre mariage et trouver ma place. Te décevoir serait pire que tout.

Il était littéralement le seul humain qui comptait pour elle sur ce vaisseau. Elle se mordilla la lèvre inférieure, elle n’osait pas se montrer sensuellement entreprenante après tout ce qu’elle lui avait dit, elle l’avait probablement refroidie. Elle hésita longuement puis se lança.

- Et toi qu’est-ce qui te plait chez moi ?

Après tout elle s’était lancée et lui avait tout dit ou presque. Elle était effrayée et cela se voyait sûrement, elle ne voulait plus mentir, mais le perdre avant d'avoir vraiment essayer cela serait insupportable. Et si c'était cela l'amour? Et si elle se trompait? Elle ne voulait pas le blesser plus que nécessaire.

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Sam 17 Mar 2018 - 22:18
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Daniel détourna le regard, dans un mélange de honte et d’humiliation qui tirait sur son visage une mine boudeuse. Il s’était déjà reproché bien souvent en son for intérieur son attitude puérile du début de leur relation et avait essuyé avec courage les sermons d’Alex sur ce même sujet, mais c’était encore autrement plus douloureux de se l’entendre dire de la principale concernée. Celle qu’il avait failli abandonner derrière lui. Il avait du mal à cerner comment le Daniel de cette époque avait pu commettre une telle erreur, et il espérait pouvoir considérer ce fait comme un signe qu’il avait changé, mûri, qu’il ne ferait pas un si mauvais mari et père de famille que cela. Cette évolution n’effacerait toutefois jamais le passé et visiblement même l’avenir n’était pas aussi joliment tracé qu’il se l’était imaginé.

Il releva piteusement la tête alors qu’elle commençait à énumérer ce qu’elle attendait de lui. Il soupesa chacune des propositions à la recherche de quelque chose qu’il n’aurait pas accompli de lui-même, mais en fait à part le restaurant qu’il trouvait monstrueusement cher (il préférait épargner pour offrir une suite à leur future petite famille) c’étaient des activités qu’il ne demandait qu’à partager avec elle. Son visage s’illumina au fur et à mesure et il hocha solennellement la tête, soulagé. Si ce n’était que ça il pourrait gérer, et ils pourraient recommencer leur histoire là où la panique de l’annonce de la grossesse les avait laissés. Elle avait raison, ce serait plus sain, et leur amour n’en grandirait que plus naturel, après tout leur relation prenait déjà de la profondeur à un rythme très encourageant quand les circonstances l’avaient forcé à tout lui avouer pour l’Avalon. Il sentait la confiance lui revenir peu à peu, mais comme Norah semblait avoir encore quelque chose à dire il attendit. La question qui en ressortit semblait importante aux yeux de sa moitié et il se sentit immédiatement comme marchant sur des œufs, incertain.

« Tout ? tenta-t-il maladroitement, mais elle avait l’air tellement sérieuse qu’il sentait qu’elle ne se contenterait jamais de ce genre de réponse convenue. La vache c’est difficile à dire, je veux dire il y a tellement de choses différentes qui entrent en compte, même des trucs qui devraient pas, ou que c’est un peu ridicule à dire, tu vois ce que je veux dire ? (À sa tête il comprit qu’elle voulait qu’il le dise tout de même,) Laisse-moi réfléchir un moment, d’accord ? »

Il leva son regard au plafond, l’air songeur, et laissa remonter à lui le souvenir des premières rencontres. Et des suivantes. De leurs sorties, de l’impatience avec laquelle il décomptait les heures avant le rendez-vous. De leurs rapports sexuels. De toute cette histoire d’un début de couple ordinaire avant que le bébé ne chamboule le jeu de quille. C’était rude à admettre mais elle avait raison, la grossesse avait accéléré les choses et peut-être faussé certaines visions, il voulait donc retourner à la source pour y puiser l’image la plus limpide de ses sentiments.

« Tu es drôle, débuta-t-il après un moment. Enfin je sais bien que t’es pas drôle là maintenant parce qu’on est en train de parler de choses sérieuses, mais quand le moment est mieux choisi pour ça t’as toujours de ces petites remarques un peu décalées et super drôles. C’est tout bête mais ça allège tellement l’atmosphère, ça fait du bien, et on sent que c’est venu tout seul, que t’as pas réfléchi deux heures avant, tu l’as pensé, t’as trouvé ça marrant, tu l’as partagé et puis c’est tout. Tu es spontanée, je crois que c’est ça le mot ? Et en même temps tu es tellement belle, ton visage est agréable à regarder, pas comme une peinture hein mais comme un visage, c’est plein de vie, plein de petites expressions. J’aime bien être avec toi, j’aime bien te regarder, te parler, et… et… et j’adore faire l’amour avec toi, c’est très excitant. Tu fais de ces moues, t’as des petits gestes tout en souplesse et parfois, juste avant le moment, tu as un petit hoquet… enfin je vais pas te faire un dessin. Je me sens juste tellement bien quand tu es avec moi. (Il réfléchit encore un peu et se sentit obligé d’ajouter,) Puis t’es loin d’être bête, t’as de la conversation, sans doute plus que moi et pas que pour les blagues. J’ai l’impression que t’as toujours quelque chose à dire ou une question à poser, quel que soit le sujet, c’est intéressant. »

En vrai ça l’était un peu moins pour lui que tout le reste avant, mais avouer qu’il avait été attiré par quelques moments de déconnade et un visage complètement bandant sans mentionner sa vive intelligence lui semblait un peu grossier sur le coup. Même si dans le fond c’était un tout, un sentiment de bien-être qu’elle lui inspirait chaque fois qu’ils se retrouvaient. Il ne triait pas et était prêt à l’accepter toute entière pour poursuivre ce moment de grâce.

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Dim 18 Mar 2018 - 18:44
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Norah était attentive, encourageante, mais attentive comme un rapace, elle savait qu’elle avait la plus grosse part à se reprocher, mais elle ne pouvait s’empêcher d’avoir une rancœur. Pauvre Daniel, il n’y était pour rien, c’était elle qui avait raté sa vie. Elle aurait dû trouver un moyen, n’importe lequel, mais elle n’était pas sortie de sa zone de confort, elle aurait pu être mannequin, elle ne savait pas si sa tête pouvait être à la mode, elle détestait son profil, son nez n’était pas droit, pas parfait comme les filles des magazines. Mais elle aurait dû essayer, n’importe quoi, peut-être qu’elle aurait pu danser dans un strip bar également, non elle n’avait rien fait de cela. Elle c’était montrée la pire des traîtresses et avait fait un enfant dans le dos à Daniel.  

Cela fit étrange à Norah ce que lui révéla Daniel, était-elle drôle ? Elle avait l’impression de ne presque jamais rire, mais il était vrai que parfois ils buvaient beaucoup ensemble et peut-être c’était-elle montrée plus extravertie. Elle retint une grimace. Il parla ensuite de son visage, elle ne le comprenait pas du tout, il était tellement plus beau qu’elle, il était comme un ange tombé du ciel, alors qu’elle ressemblait à une jolie fille sans plus, the girl next door typique. Au final avec tout ce qu’il lui disait elle avait l’impression d’avoir joué un rôle inverse à ce qu’elle était, mis à part peut-être la dernière partie car oui elle posait beaucoup de question quand un sujet pouvait l’intéresser et oui elle montrait volontiers comment faire telle ou telle chose, parce que quand elle bricolait, elle avait l’impression d’être à son maximum. Elle fixa le visage parfait de Daniel avec un regard un peu vide avant de se reprendre. Elle se leva pour s’installer à califourchon sur ses genoux avant de passer ses bras autour de son cou, elle était volontairement affreusement proche, troublante pour cacher son propre trouble. Qu’avait-elle fait ? Elle lui mordilla l’oreille avant de lui susurrer.

- Tu as du t’ennuyer pendant 4 ans mon bel ange…

Peut-être qu’il avait eut une maîtresse, mais elle ne pourrait pas lui en vouloir, 4 ans sonnait pour elle comme une éternité et du moment qu’il était avec elle à présent, c’était l’essentiel. Elle embrassa malicieuse le bout de son nez, avant de redevenir sérieuse.

- Je suis là moi aussi, comme tu l’as dit nous sommes deux… Si tu veux parler, je t’écoute, je t’écouterai toujours. Merci de m'avoir écouté.

Au moins cela était le vrai elle. Elle n’avait plus envie de parler d’elle, elle en avait déjà dit beaucoup. Elle n’était pas aussi bavarde habituellement, elle aimait garder ses pensées pour elle, elle avait fait un effort qu’elle n’avait jamais fait auparavant pour personne d’autre. Si il voulait parler de la perte de son meilleur ami ou de sa famille elle pouvait simplement lui tenir la main, même si elle mourait d’envie de plus, parce qu’elle voulait se souvenir de leur osmose sensuelle après tant de déconvenues émotionnelles. Norah n’avait aucune idée de ce que Daniel ressentirait en la découvrant vraiment. Elle se mordilla la lèvre, elle mourait d’envie qu’il l’embrasse, qu’il prenne l’initiative, jusqu’à là elle avait tenu la barre, elle voulait perdre le contrôle, se laisser dominer, mais elle n’était pas certaine d’obtenir ce qu’elle souhaitait. Daniel devait être exténué.

- Mais tu es peut-être fatigué, si tu veux te reposer, nous poursuivrons plus tard…

Que ce soit la conversation ou autre chose.

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Mar 20 Mar 2018 - 17:37
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Equipage
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« Ta voix m’a manqué, lui avoua-t-il, attendri. Ça me fait tellement plaisir de te retrouver, même si le contexte… disons que ça rouvre beaucoup de choses qu’on a pas encore bien digéré du côté de l’équipage, de l’annoncer à tout le monde. Ç’a été une rude journée… mais n’en parlons plus, d’accord ? Là maintenant, j’ai juste envie d’être avec toi. (Il lui adressa un sourire franc, amoureux, mais son regard en effet brillait de fatigue. Après une hésitation il proposa,) Ça te dérange pas si je me repose ici, enfin avec toi ? T’es pas obligée, je comprendrais si t’avais la bougeotte après tout ce temps en hibernation. C’est juste que j’ai envie de te tenir dans mes bras. »

C’était tout, vraiment tout, et il devait avouer que cela ne faisait pas de lui la compagnie le plus excitante de l’Avalon. Aussi attendait-il, attentif, la réaction de sa compagne pour savoir s’il pouvait l’inviter à s’allonger avec lui sur le lit et s’il valait mieux prendre congé et la laisser explorer la nef. Leur nouvelle maison, pour les quatre prochains mois au moins, et qu’il comptait peupler de souvenirs joyeux pour mieux apaiser le deuil qui plombait les cloisons.

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Sam 24 Mar 2018 - 20:24
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Passagers clandestins
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Bien sûre que Norah aurait voulu plus, mais après toutes ses révélations et les horribles heures que venait de vivre Daniel, pouvait-elle exiger plus ? Elle n’avait jamais été capricieuse et ce n’était pas le moment de le devenir, hormone en folie ou non, elle était plus forte que ça, elle pouvait se contrôler

- D’accord faisons cela, répondit-elle finalement cachant au mieux sa déception et ces derniers mois elle avait appris à être bonne comédienne à force de mentir en quasi permanence à Daniel.

Elle laissa Daniel s’allonger et s’allongea dos à lui, laissant le bras de son mari l’envelopper, elle fit mine de fermer les yeux, mais il était aussi peu probable qu’elle s’endorme qu’il neige au Sahara, elle venait de sortir de stase et n’avait jamais eu réellement besoin de beaucoup de sommeil son esprit était donc plutôt alerte. Elle quitterait ses bras lorsque Morphée l’aurait happé, ses affaires étaient malheureusement dans la cabine de Daniel alors peut-être irait-elle explorer tant que personne n’aurait le cœur de remarquer sa présence. Elle irait à la bibliothèque, lirait un peu et rejoindrait le texan avant qu’il ne se réveille, oui elle allait faire ça.

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Mar 3 Avr 2018 - 12:38
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