A Burden Nobody Wants to Bear

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Equipage
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2022 AC / 116 BAC. Premier réveil de l’équipage.

Daniel connaissait le stress. Il connaissait la peur, le sursaut d’adrénaline, la crainte de ne pas être à la hauteur. Ce léger mouvement de recul avant de se surpasser. Il connaissait ce sentiment, il l’avait surmonté plus d’une fois, et chaque fois il en était ressorti avec une nouvelle force, la certitude du devoir accompli, de la mission réussie.

Mais qui pouvait jamais être à la hauteur de cette mission-là – celle d’être le dernier représentant d’une humanité qui s’était détruite elle-même ?

Il n’était plus qu’une boule de nerf. Ils étaient tous des boules de nerf sur le point d’exploser. La nef toute entière était nimbée d’une chape de plomb qui donnait à chaque bouffée d’air l’amertume du soufre. Où qu’ils allaient, quoi qu’ils faisaient, tout leur rappelait qu’ils étaient désormais seuls. Ils n’étaient plus que deux mille huit cents onze âmes seules au monde, dérivant dans l’immensité de l’univers. La Terre n’était plus. Ils n’étaient plus les pionniers courageux prêts à fonder une nouvelle colonie. Ils étaient les derniers, les survivants. Ils étaient les héritiers de millions d’années d’Histoire. De milliards d’années de vie sur une planète qui n’en portait peut-être plus une seule.

C’était déjà violent en soi. Une violence inouïe à laquelle s’ajoutait une autre, beaucoup plus personnelle. Des visages. Des ombres. Des voix qu’ils n’entendraient plus qu’en rêve. Tous ceux qu’il avait pu connaître. Tous ceux qui auraient dû les rejoindre. Celle qu’il aimait, d’un amour fraternel inoxydable. Celle sans qui rien de tout ça ne se serait passé. Il y avait des moments où il avait juste, juste envie de tout casser.

Alors il tapait un sac de sable dans la salle de sport – ou il venait ici. Un vaste comptoir encore désert, où un androïde faisait mine à longueur de journée de laver des verres flambants neufs. C’était du fluff, de la com’. La traversée était censé être une vaste opération commerciale, quelque chose qui en jetait. Pour le coup elle en jetait, elle en jetait même trop. Mais il s’en fichait. Il était juste venu commander là ce qu’il y avait de plus fort en stock, peu importait le nom de cet alcool exotique. Et fusiller le barman mécanique du regard jusqu’à ce qu’il daigne lui servir ça dans un verre correct : une vraie pinte, pas un petit shot de merde. Il avait besoin de sentir quelque chose de solide dans sa main. Tout comme il avait besoin de sentir quelque chose dans ses oreilles. Il avait mis un casque et cherché dans sa playlist du rock agressif, méchant, quelque chose qui parlait de destruction. C’était sa façon d’exorciser. C’était sa façon de se noyer, d’oublier.

D’oublier que Beatrice ne lui avait même pas adressé de message d’adieu. Aucun.

Il était tellement absorbé par sa peine qu’il avait à peine noté le mouvement vif du barman mécanique fonçant vers un autre côté du comptoir. C’est seulement quand il le suivit machinalement du regard qu’il sursauta à la vue d’une nouvelle personne. Instantanément il pivota sur son tabouret, surpris, et fit glisser le casque de ses oreilles pour voir qui était le deuxième client. Ses oreilles bourdonnaient encore de la violence qu’il infligeait à son ouïe pour compenser celle qui le brûlait de l’intérieur.

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Sam 6 Jan 2018 - 22:56
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Megan ne se sent pas très bien. C'est émotionnel, mais ça se répercute physiquement. Elle a la nausée, frissonne et elle n'arrive pas à s'arrêter de pleurer. Elle s'est même endormie en pleurant, épuisée. Lorsqu'elle s'est réveillée, elle s'est demandée où elle était, incapable de reconnaître durant quelques secondes où elle était. Puis, elle se rappelle qu'elle est à bord de l'Avalon et ensuite que l'Excalibur n'est plus, que son mari n'est plus, que ses parents ne sont plus, que ses amis ne sont plus, que l'Australie n'est plus, que la planète n'est plus. Cette fois, par contre, elle n'arrive pas à pleurer. C'est bloqué dans sa gorge, ça fait mal.
Elle quitte sa chambre et se met à errer comme un zombie dans le vaisseau. Elle arrive sans trop savoir comment jusqu'aux capsules d'hibernation et elle les contemple de longues minutes, les trouvant bien chanceux qu'ils soient dans l'ignorance durant encore bien longtemps. Elle sait qu'elle va y retourner, mais ce qu'elle ressent, elle ne veut plus le ressentir pour le moment. Elle a l'impression qu'on lui a arraché cœur pour le piétiner et qu'ensuite on le lui a remis en place. Elle a mal. Elle ne sait pas si elle va aller bien un jour.
Elle continue de errer, croisant quelques membres de l'équipage qui font comme elle. Ils se regardent sans ne rien dire, ou d'autres font juste prendre un chemin. Elle ne leur en veut pas. Gérer cela est très dur. Elle arrive au bar et se dit que c'est une bonne idée. Ça ne va rien arranger, mais au moins ça va passer le temps. Il y a déjà quelqu'un au comptoir, un blond, avec des écouteurs, alors elle ne le dérange pas.
– Ce que t'as de plus fort. qu'elle commande à l'androïde. Ce dernier dit que ce choix était bien populaire. Elle relève la tête, et voit le blond, un verre à la main. Elle se rappelle de lui, sans se souvenir de ce qu'il fait, elle l'a vu aider à embarquer des passagers, à répondre à des questions il y a... quelques années. Elle allait penser « il y a peu », par habitude. Ce qui n'est pas le cas. Elle fait un signe à l'inconnu qui vient d'enlever ce qu'il avait sur ses oreilles. Elle se lève et elle va vers lui. L'ignorer ne sert pas à grand-chose, après tout ils vont être ensemble un très long moment. À être réveillés ensemble durant quelque temps, régulièrement. Et, elle a besoin de compagnie, même si cette dite compagnie ne doit pas être très joyeuse. – Megan. se présente-t-elle, tout en s'installant sur le tabouret aux côtés du jeune homme. – Employée de service. Toutes mes condoléances...
– Vous voulez de la compagnie ? lui demande-t-elle. Elle aurait dû le faire avant d'arriver, mais elle a pensé à ce qu'elle voulait avant de s'interroger sur lui. Il a des écouteurs, il les a enlevés, peut-être que ça ne veut rien dire. Elle ne sait pas comment il réagit à ce qu'ils ont dû tous apprendre. Il peut très bien avoir des réactions bizarres.
Sam 13 Jan 2018 - 23:13
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C’était une femme. Elle portait l’uniforme de l’équipage (fatalement, le contraire eut été surprenant…) et avait à peu près au même moment levé son visage vers lui. Un visage fatigué, tiré de toute part, qui faisait probablement écho au sien. Il leva la main et força un sourire, en signe de salut. Cela sonnait faux, mais il n’avait guère mieux en magasin. Quand elle se leva pour le rejoindre et entamer quelques civilités, il ne put lui répondre que mécaniquement, d’une voix rauque de plusieurs tons au-dessous de son timbre habituel qui faisait encore plus ressortir son accent texan :

« Daniel. Assistant-pilote. »

Quant aux condoléances elles restaient encore trop collées au fond de sa gorge pour se verbaliser, aussi se contenta-t-il de hocher gravement la tête en savourant une lampée de sa commande. Elle le laissait avec un agréable picotement sur la langue, ainsi qu’une légère envie de tousser. Il prit le temps de s’éclaircir la gorge avant de reprendre, hésitant :

« Pas spécialement, avoua-t-il, moins pour la chasser que pour qu’elle ne se sente pas obliger de subir sa pitoyable présence sur le seul poids des conventions, mais paraît que c’est moins triste de boire à deux que seul. Je vous offrirais bien un verre, mais cette saleté m’a dit que je n’aurais droit à rien d’autre que ça aujourd’hui.
– Pour votre consommation personnelle seulement, Sir, intervint l’androïde en revenant avec la commande de Megan, un petit verre de dégustation contenant l’alcool le plus fort que l’Avalon avait en réserve. Madame a encore droit à deux consommations dans un récipient en adéquation à son choix de boisson. Je peux mettre ce premier verre sur votre compte, si vous le souhaitez.
– Ah… eh bien oui, pourquoi pas. Si Madame est d’accord ? (Il fit une pause, un peu perdu, puis mit son annulaire bagué en évidence dans un sursaut de bon sens,) N’y voyez pas d’ambiguïté. J’imagine juste qu’on en a tous un peu besoin… enfin, bref. »

Le choc de la révélation n’améliorait guère son adresse déjà pas très raffinée dans les relations sociales.

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Ven 16 Fév 2018 - 18:11
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Megan reste donc en place comme Daniel, l'assistant-pilote, ne veut pas rester seul. Elle, elle n'en sait rien. Elle va essayer. Elle sait comment gérer ses peines habituellement, mais là, c'en est pas une habituelle. Elle est énorme. Sûrement encore plus énorme qu'elle ne le pense, elle a compris les messages, mais elle n'a pas encore saisi toute l'ampleur bien qu'elle sait que tout le monde est mort, sauf eux, sauf ceux dans l'Avalon. Elle ne pense pas encore à la tâche qu'ils vont devoir accomplir, ayant quatre ans de deuil devant eux avant d'affronter celui des passagers. Ils ne sont pas assez d'employés.
Son verre est servi. Elle en prend une gorgée et elle fait la grimace en goûtant à cet alcool. Elle veut très bien croire qu'il soit très alcoolisé au goût qu'il a. Boisson que ne peut ravoir le jeune homme, c'est une règle. – La même boisson dans votre plus grand verre. qu'elle commande. Ce n'est peut-être pas exactement l'idée de Daniel, mais elle lui semble être bien mieux en réalité. Elle ne sait pas à quoi ressemble le plus gros verre du bar, mais ça ne peut pas être plus petit que ce qu'ils ont entre les mains. Un poil plus gros qu'un verre à shooter trouve-t-elle.
Elle secoue la main, montre elle aussi sa bague. Ce n'est rien, elle n'y voit aucune ambiguïté. Même s'il essayait vraiment, il devrait tester sur quelqu'un d'autre. Elle n'a pas la tête à cela. Elle n'a pas la tête à oublier sa peine dans les bras d'un autre. Il va finir par boire seul s'il utilise une technique de non technique.
– Merci. L'androïde vient de revenir avec sa commande servie dans une chope à bière. Ce qui est tout de même assez convenable comme quantité. Surtout que le pourcentage d'alcool est beaucoup plus haut que celui de la bière. – Ne pilotez pas après. Elle ne sait pas trop comment le vaisseau fonctionne à ce niveau, mais cela lui semble être bien plus prudent tout de même. Elle lève son verre en direction du pilote une nouvelle fois. Elle a encore envie de pleurer. Elle ferme les yeux, serre les lèvres, prend une grande inspiration et expire ensuite.
Jeu 1 Mar 2018 - 4:31
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« De rien Madame, s’inclina le robot : Je dois cependant vous prévenir qu’un verre de capacité supérieure ne modifie pas la limite réglementaire de consommation, qui est de trois verres par jour adaptés au choix de boisson. Comme Monsieur ce sera votre seul verre autorisé pour les 24 prochaines heures.
– Va te faire foutre avec tes limites réglementaires. T’as perdu quoi dans l’histoire ? Deux ou trois frères de boulons ? Ton papa le super designer peut-être ? Ou peut-être même pas en fait, si ça se trouve c’est notre ingénieur en personne… Bref si t’as plus rien à faire ici, va juste voir ailleurs. »

Daniel perdait rarement son sang-froid, mais l’attitude purement mécanique du tas de ferrailles envers ce foutu règlement l’agaçait au plus haut point. Ne voyait-il pas que cette femme était sur le point de pleurer ? que lui-même était à deux doigts d’exploser ? qu’une beuverie en bonne et due forme ne pourrait leur faire tellement plus de mal que ce qu’ils vivaient en cet instant précis ? Un être humain l’aurait compris, mais ce n’était qu’une foutue machine, réglée pour suivre à la lettre un protocole froid qui imitait mal les façons de faire humaines. Il fusilla encore un instant l’androïde du regard alors qu’il disparaissait derrière son bar, puis son visage se ramollit, las, en se tournant vers celle qui venait de le rejoindre. C’était si épuisant, le sentiment d’impuissance.

« Il n’y a rien à faire, avoua-t-il avec un soupçon d’exaspération plus tourné vers la procédure que vers son interlocutrice. Enfin, rien à piloter, mais plein de broutilles à vérifier sur un peu tous les instruments de navigation. On a deux mois pour ça, c’est pas un jour qui va changer grand-chose – puis je crois qu’il y a juste personne qu’a la tête à ça. (Il s’interrompit un moment pour loucher vers sa chope, qui s’était vidée plus vite qu’il ne l’avait pensé. Il devait prendre garde à boire plus lentement ou il n’en aurait bientôt plus du tout. Pour se distraire de son envie d’asperger son gosier d’une nouvelle lampée il décida de poursuivre la conversation,) Et vous, vous avez quoi de chiant à faire ? Je veux dire en tant qu’employée de service, ça veut dire service des passagers je suppose ? Ils ont bien dû vous caser d’autres responsabilités pendant qu’ils pioncent tous ? »

C’était assez neutre et assez éloigné de leurs préoccupations directes pour qu’ils ne risquent pas de craquer en se plaignant de leur taff respectif. Puis ouais, sincèrement, il se demandait pourquoi on imposait aussi un réveil au personnel non-technique comme cette Megan, il devait y avoir une raison logique (ou du moins pas trop illogique).

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Dim 11 Mar 2018 - 12:48
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